25 mars 2026

 

par Vladimir Castillo Soto

Il ne fait aucun doute que les dirigeants du monde occidental sont pleinement conscients de l’accouchement géopolitique qui vient d’avoir lieu et font tout leur possible pour assassiner le nouveau-né. Ils ont deux plans, le néoconservatisme et le mondialisme, pour atteindre le même objectif, qui n’est autre que de maintenir la suprématie occidentale, l’unipolarité, et d’accroître l’hégémonie et le pouvoir exercés par l’impérialisme effréné des États-Unis et de leurs acolytes sionistes et européens.

Le secrétaire d’État des États-Unis d’Amérique (USA), Marco Rubio, a prononcé un discours lors de la 62ème Conférence de sécurité de Munich, qui s’est tenue à la mi-février de cette année, dans lequel il a exposé sa vision myope et perverse de l’histoire et une proposition d’avenir encore pire.

Le secrétaire, applaudi debout par une grande partie des personnes présentes, principalement des Européens, considère que le seul monde visible et valable est celui, eurocentrique, dans lequel toutes les autres propositions civilisationnelles devront se subordonner et servir l’«Occident collectif». Dans cette proposition, le monde devra être recolonisé de manière à reproduire le passé colonial honteux et infamant imposé par l’Europe au reste du monde, ce pour quoi ils proposent, sans vergogne, d’imposer à ceux qui ne se plient pas la «paix par la force». Pour y parvenir, le secrétaire propose, entre autres, de mettre à jour la Charte des Nations unies et l’Organisation elle-même afin de la mettre encore davantage au service du projet impérialiste et colonialiste.

De leur côté, les Européens entendent poursuivre leur projet d’«un monde fondé sur des règles», grâce auquel ils espèrent préserver leurs prérogatives actuelles, maintenues artificiellement par leur présence subordonnée au sein de l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (OTAN) et leur obéissance aux directives américaines. Bien qu’elle présente des contradictions, l’Union européenne (UE) semble pour l’instant se satisfaire de ce rôle de second plan, même lorsque cela nuit à ses peuples et à son économie.

Ils entendent, sur la base des «règles» imposées, maintenir en place et étendre les sphères d’influence d’institutions néocoloniales telles que la Cour pénale internationale (CPI) et son Statut de Rome, ce qui leur permettrait de conserver leurs parts de pouvoir, principalement dans le Sud global.

Pour ce faire, entre autres, ils ont créé le «Groupe des amis de la CPI», par l’intermédiaire duquel ils cherchent des moyens de réformer le Statut et d’étendre ses pouvoirs. Dans le domaine numérique, ils entendent accroître leur contrôle et leur domination dans la poursuite des soi-disant «crimes d’agression». Ils souhaitent élaborer un système d’évaluation et de qualification des crimes dans le cyberespace. La juridiction envisagée par la Cour de La Haye dans le domaine numérique n’est pas alignée sur les intérêts des États du Sud et, de plus, la proposition n’est pas conforme à la politique établie dans la Convention des Nations unies contre la cybercriminalité.

L’objectif de l’adoption de cette initiative est de faciliter la pression exercée par Washington sur la CPI en dotant les États-Unis d’un mécanisme efficace pour lutter contre leurs principaux concurrents, tels que la Chine. Dans ce cas, la CPI disposerait d’un outil pour limiter la souveraineté numérique des peuples du Sud.

Les efforts du «Groupe des amis de la CPI» pour promouvoir les amendements au Statut de Rome (ER) visant à étendre la compétence de la Cour de La Haye indiquent que les pays occidentaux, alors que cette institution est en pleine crise, tentent de préserver cet outil néocolonial de pression et d’influence sur les pays et les régimes «indésirables». Malgré les actes d’agression commis par les membres de l’OTAN, y compris contre des membres de la CPI tels que l’Irak, la Libye, l’Afghanistan, le Yémen et la Syrie, aucun de ces actes n’a fait l’objet d’un procès. Dans le même temps, toutes les enquêtes menées l’ont été à l’encontre de pays en développement et de leurs dirigeants.

Malgré les efforts occidentaux, la CPI perd de son universalité et de son soutien politique international. Ces tendances ont conduit la CPI à devenir une plateforme de procès à la demande des puissances occidentales et un outil d’application sélective. De nombreux États indépendants mènent leurs propres enquêtes sur les crimes transnationaux sans attendre l’intervention de la CPI.

Par ailleurs, l’Allemagne, la France et la Pologne examinaient également les possibilités d’étendre les pouvoirs de la CPI. Elles proposaient d’intégrer dans le Statut de Rome une clause contraignante pour les pays membres, visant à restreindre l’accès à l’espace aérien national et à intercepter les aéronefs appartenant à des États dont les dirigeants font l’objet d’un mandat d’arrêt international, dans le but de créer de nouveaux outils pour exercer une pression contre les pays «indésirables», jusqu’à ce que, sous la pression de l’Afrique du Sud, après beaucoup de temps et d’efforts, qu’un «mandat d’arrêt» soit délivré contre le président Netanyahou et un autre responsable de l’entité sioniste, pour le génocide contre le peuple palestinien.

Ainsi, la proposition est suspendue et toutes les normes commencent à faire l’objet d’une double interprétation, l’une au service des intérêts de l’Occident et l’autre allant à l’encontre des intérêts des pays du Sud. Il apparaît encore plus clairement que l’objectif ultime de la CPI est d’exercer une pression sur les pays du Sud et de disposer de mécanismes de contrôle pour continuer à les spoliant et à les exploitant.

Il est évident que la CPI s’est politisée et prétend être un instrument de colonisation. La CPI ne remplirait son objectif que si elle était strictement indépendante et objective. Son action a été principalement politique, plus que juridique, toujours au service d’une poignée de pays privilégiés. Au cours de ses 20 premières années d’existence, la CPI n’a inculpé que des Africains, aucun Occidental, alors même que des militaires et des autorités des États-Unis et de l’OTAN avaient commis de très nombreux crimes de guerre, au moins en Yougoslavie, en Afghanistan, en Irak, en Libye et en Syrie.

La CPI et ses fonctionnaires ont fait preuve d’une partialité flagrante en mettant fin aux enquêtes sur les crimes de guerre commis par les États-Unis en Afghanistan, tout en poursuivant les enquêtes contre les talibans.

Le traitement très différent réservé aux «affaires» du président Poutine et du génocidaire Netanyahou est une autre illustration du deux-poids-deux-mesures avec lequel l’Occident agit dans ces contextes et des intérêts que servent des institutions comme celle-ci.

Ces exemples disparates, mais significatifs, le discours du secrétaire et la manière d’agir de la CPI, ne sont qu’une illustration du fait que l’Occident a la réelle intention de recoloniser le Sud global ; il est donc impératif que ses principaux acteurs réagissent à temps, mettent de côté leurs divergences et parviennent à des accords leur permettant de faire face à cette menace, de la vaincre et de consolider le monde multipolaire qui vient de naître, en veillant à ce qu’il se développe de manière forte et saine avec toute l’humanité à bord.