4 février 2026

par Dr. Eloi Bandia Keita
Tribune de soutien au général Abdourahamane Tiani et à l’Alliance des États du Sahel (AES)
Introduction
L’attaque contre l’aéroport de Niamey dépasse le registre sécuritaire : elle vise la souveraineté d’un État et le cap de rupture assumé par l’Alliance des États du Sahel (AES). Face à la guerre d’érosion imposée au Sahel, la clarté politique n’est pas un excès : elle est une obligation. Cette tribune plaide pour une lecture réaliste de la menace et pour le droit des peuples sahéliens à défendre àleur trajectoire.
«La souveraineté n’est pas un privilège : c’est un droit. Et en temps de guerre, la vérité devient une forme de défense».
I. Une attaque qui vise plus qu’un aéroport : l’État lui-même
L’attaque visant l’aéroport de Niamey n’est pas un simple fait divers sécuritaire. C’est un acte politique. Une tentative de déstabilisation, une opération de terreur destinée à fragiliser l’État nigérien, à éprouver ses institutions et à envoyer un message à toute une région : le Sahel n’aurait pas le droit de choisir librement sa trajectoire.
Dans ce contexte, la réaction du général Abdourahamane Tiani – ferme, directe, assumée – n’a rien d’un excès. Elle relève au contraire de la responsabilité d’État. Car lorsqu’un pays est agressé, le silence n’est pas de la prudence : il devient un signal de faiblesse et un encouragement aux récidives.
II. Le terrorisme au Sahel : un instrument, pas un accident
Depuis plus d’une décennie, le terrorisme au Sahel est trop souvent présenté comme un phénomène uniquement idéologique ou religieux. Cette lecture, insuffisante, empêche de comprendre la réalité du problème.
Le terrorisme au Sahel est aussi un instrument de désorganisation régionale ; un levier de pression sur les États qui revendiquent leur autonomie stratégique ; un moyen de maintenir des économies entières dans l’instabilité chronique ; un marché de guerre, avec ses circuits, ses logistiques, ses financements.
Il ne suffit pas de regarder les combattants : il faut regarder ce qui rend leur action possible. Un terroriste ne survit pas sans routes, sans complicités, sans approvisionnements, sans zones permissives.
Dans ces conditions, nommer les réalités politiques et stratégiques qui accompagnent ces agressions n’est pas de la provocation. C’est une exigence de gouvernance.
III. L’indignation sélective : un symptôme
Les réactions médiatiques et politiques ayant suivi la prise de parole du général Tiani, notamment dans certains espaces régionaux, méritent d’être examinées.
Pourquoi cette indignation est-elle si rapide lorsque le Niger parle, mais si modérée lorsque le Niger saigne ? Pourquoi tant d’empressement à exiger «la retenue» du pouvoir attaqué, et si peu d’insistance sur la chaîne des responsabilités qui rend l’attaque possible ?
Ce double standard n’est pas neutre. Il signale le malaise de certains acteurs face à un basculement majeur : la fin progressive d’un Sahel assigné à la fragmentation et à la dépendance.
IV. L’AES : un tournant stratégique majeur
L’Alliance des États du Sahel (AES) représente un moment historique. Le Niger, le Mali et le Burkina Faso construisent une logique commune : la sécurité ne sera plus déléguée, la souveraineté ne sera plus conditionnée, et la survie nationale ne sera plus soumise à autorisation extérieure.
Ce choix dérange, parce qu’il bouleverse des équilibres installés. Les dirigeants de l’AES ne sont pas contestés seulement pour des considérations politiques internes : ils incarnent une rupture régionale structurante.
V. La souveraineté exige la clarté
Un État ne vainc pas le terrorisme par les demi-mots. Il ne sécurise pas son territoire en ménageant les zones grises. Il ne protège pas son peuple en fermant les yeux sur les corridors logistiques, financiers et politiques de la violence.
La souveraineté, en temps de guerre, signifie une chose : la clarté.
Et la clarté implique la capacité de dénoncer les réseaux ; d’identifier les appuis ; de désigner les responsabilités directes ou indirectes ; d’empêcher la reconversion politique et médiatique de la violence terroriste.
Conclusion : soutenir le Niger, soutenir l’AES, soutenir la vérité
Le Niger a le droit de se défendre. Le Niger a le droit de parler. Le Niger a le droit de nommer ce qu’il voit, ce qu’il subit, ce qu’il comprend.
Le général Abdourahamane Tiani ne mérite pas des leçons de morale : la sécurité nationale n’est pas un exercice de communication, c’est une question de vie ou de mort.
Le Sahel ne réclame pas des sermons. Il réclame la sécurité, la cohérence et la souveraineté.
Et en période de guerre, la vérité commence par un refus : refus de protéger les zones grises, refus de couvrir ceux qui facilitent, sponsorisent ou recyclent la violence.
Nous répétons pour la troisième fois : Le Sahel ne reculera pas.